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Le Tombeau Des Lucioles - Hotaru no haka
Aperçu Le Tombeau Des Lucioles - Hotaru no haka Recherche Fiche Technique
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genre: tragique / guerre 40-45 / historique
Certains films nous touchent plus d'autres; les productions du studio Ghibli sont de celles qui ne s'oublient jamais. Les film de Hayao Miyazaki, que vou commencez a bien connaitre maintenant, nous entrainent dans de lointaines contres magnifiques ou le reve est de rigueur; Les films d'Isao Takahata nous parlent de nous memes, en profondeur, et sans concession. Et la ou Miyazaki excelle a nous faire voyager dans les nuages, Takahata nous bouleverse, nous interroge et nous transforme...
On ne sort pas indemne d'un film de Isao Takahata : Le tombeau des lucioles est surement le dessin anime le plus "eprouvant" qui soit, pas tant de la part ses images chocs, mais surtout pas son contenu, insupportable.
Mais d'abord, et surement plus que tout, les film de Takahata doivent etre les plus beaux qui existent, et l'on reste sans voix devant l'incroyable realisme de l'animation et le souci du detail qui donnent leur vie a ces chefs-d'oeuvres absolument essentiels. Retour a la table des matières L'histoire"Le 21 septembre 1945, c'est le jour ou je suis mort". Seita, fantome de son etat depuis ce jour ou il est mort de malnutrition dans une gare aux environs de Kobe, est rapidement rejoint par le fantome de sa soeur Setsuko, decedee un mois auparavant. Il a quatorze ans, elle en a quatre. Soudain, dans un eclair qui rappelle une explosion, la scene revient quelques mois en arriere...
La ville de Kobe est en proie aux flammes des bombes incendiaires lancees des bombardiers B-29 americains. Dans la panique generale, Seita, sa soeur Setsuko, et leur mere ramassent quelques affaires chez eux en vitesse et Seita envoie sa mere vers l'abri le plus proche. Le jeune garcon porte Setsuko sur son dos, et dans les rues pleines de gens qui s'affolent, il fuit vers la mer. Une fois en securite, et apres avoir laisser passer la "pluie noire", il entreprend de revenir vers la ville. Le spectacle qui s'offre a lui n'est que desolation et ruines calcinees... Un homme annonce au porte-voix le rassemblement a l'ecole pour les habitants de son quartier. Laissant Setsuko a une amie de la famille, il se rend aux nouvelles. Un responsable lui remet la bague de sa mere... et l'invite a venir la voir. Elle est enveloppee de bandages, et les brulures dues aux bombes la paralysent de douleur. Seita sait que sa mere est cardiaque... Lorsqu'il retrouve Setsuko dehors, il lui apprend que leur maman est a l'hopital, que "elle a un gros bobo, mais bientot elle ira mieux". Puis, ne sachant plus quoi dire, Seita s'enfonce dans le silence... Le lendemain, la mere de Seita doit etre emmenee dans un hopital. Mais elle n'a pas resiste a ses blessures, et a rendu l'ame durant la nuit. Elle est incineree avec plusieurs autres cadavres, et Seita recupere dans une petite boite quelques maigres ossements. Seita decide d'emmener Setsuko chez leur tante qui habite Nishinomiya. La maison est assez agreable et cette veuve vit avec sa fille et un homme qui travaille pour la nation. Seita et Setsuko disposent d'une piece pour eux. La cohabitation se passe sans trop de heurts pendant plusieurs jours, la veuve profitant des provisions enterees chez Seita le jour du bombardement, Seita et Setsuko recevant un toit et a manger. Mais la situation commence a ce degrader, et de nombreux sous-entendus planent dans la maison : Seita ne fait rien pour la nation, et reclame trop a manger, Setsuko pleure la nuit, et cela irrite la maitresse de maison. De leur cote, Seita et Setsuko passent du bon temps : la nourriture est la, plus ou moins bonne, les deux enfants s'amusent a la mer, et la nuit ils capturent des lucioles... Un soir, la veuve demande a Seita de vendre les affaires de sa mere pour ramener du riz. Setsuko, qui se souvient de l'odeur du kimono et des souvenirs de sa maman qui y sont lies, pleure a n'en plus finir. Le climat dans la maison devient plutot malsain, et Seita commence a preparer ses repas lui-meme, jusqu'au jour ou, se promenant avec Setsuko, il repere un abri de bombardements abandonne, qui pourrait bien servir de maison... Retour a la table des matières Enfin SeulEt c'est ainsi que Seita et Setsuko quittent leur maison " en dur " pour vivre dans leur " cabane a eux ", pour le plus grand bonheur de la petite : " Et la, ca sera la cuisine, et la, l'entree" s'extasie-t-elle devant cet abri de misere, "mais ou est la salle de bains " . En soiree, les deux enfants partent pour ramasser une bonne quantite de lucioles, qu'ils lacheront dans la cabane, comme une multitude de feux volants. La lumiere des lucioles evoque dans l'esprit de Seita les nombreuses luimiere d'un feux d'artifice, lors de la revue navale apres laquelle son pere etait parti a la guerre - pour ne jamais revenir... et les lumieres de devenir de balles tracantes de DCA, pour detruire les bombardiers ennemis...
Le lendemain, Seita trouve sa soeur en train de creuser un trou dans le sol. " Mais qu'est ce que tu fabriques ? " J'fais la tombe des lucioles. Moi, ma tante me l'a bien dit que maman elle est morte, qu'elle est dans son tombeau ". Pour la premiere fois, Seita se laisse aller a pleurer ... Les jours passent, et il faut toujours trouver de la nourriture, respecter un minimum de regles d'hygiene. Seita s'en sort en troquant les quelques affaires qui restent de sa mere, puis en volant quelques legumes au hasard des bombardements, jusqu'au jour ou il se fait surprendre par un paysan tres en colere : voler en temps de guerre est un crime grave. Roue de coups et emmener de force au commisariat, il est a bout de forces, et Setsuko le console "C'est ou que t'as mal ? Tu veux qu'on aille chez le docteur ? ". Setsuko, elle, ne mange pas assez, et commence a deperir. Elle est atteinte de diarrhees, et de plaques se forment sur son dos. Ses demangeaisons sont de plus en plus frequentes. Un medecin preconise tout simplement de la nourriture, beaucoups plus de nourriture. Mais ... comment trouver a manger quand on a quatorze ans et qu'on a pas d'argent ? En rentrant chez lui, , Seita retrouve sa soeur inconsciente allongee dans l'herbe. Il veint de reussir a acheter une pasteque pour Setsuko. Celle-ci est deja en proie a la fievre et au delire, elle s'endort, sans presque rien manger. Elle ne se reveillera jamais. Le lendemain Seita incinere sa petite soeur, et met dans une petite boite a bonbons que Setsuko gardait toujours sur elle quelques cendres...
La scene revient aux fantomes. "Il est tard, il faut aller se coucher" dit Seita a sa soeur. La tete sur les genoux de son frere, elle s'endort paisiblement, alors que quelques lucioles volent dans les airs. Seita regarde le spectateur, puis tourne la tete vers les lumieres d'une ville de gratte-ciels qu'il aprecoit dans le lointain. Retour a la table des matières La creation du dessin annimeAu depart, Hotaru no haka est une nouvelle d'un des plus grands ecrivains japonais contemporains : Akiyuki Nosaka. Ce dernier est un des " fossoyeurs " du Japon d'apres-guerre, un des premiers à decrire avec ironie et esprit de rebellion le marasme dans lequel se trouve le japon apres sa defaite. Tres admire de Mishima (un autre ecrivain japonais mytique), il a voulu avec le tombeau des lucioles realiser une sorte d'expiation de son passe. Cette nouvelle est faussement autobiographique : Nosaka a bien perdu sa mere et sa soeur pendant la seconde guerre mondiale, et c'est lui-meme qu'il met a mort sous les traits de Seita. Je vous invite à lire cette nouvelles, traduite par Patrick de Vos, et disponnible aux édition Philippe Picquier, collecton Unesco (ISBN 2-87730-001-3).
Cette nouvelle fut écrite en 1967. Le climat de l'epoque etait impregne de tensions et de rebellions, prefigurant les evenements de 1968. C'est dans un climat different que Takahata decide, en 1988, d'adapter cette nouvelle au cinema. Nous ne saurions dire ce qui l'a pousse a choisir une telle oeuvre, mais Akiyuki Nosaka peut lui dire merci, puisque sa nouvelle a connu un veritable essor apres la sorti du film. Elle avait egalement ete recompensee en 1968 par le prix Naoki, une grande distinction populaire au Japon.
Le dessin animé, quant à lui, est de toute beauté : les paysages sont splendides, comme il se doit pour une production Ghibli, et Yoshifumi Kondo, le charcter designer de tous les films de Takahata, arrive à restituer aux visages les expressions les plus crédibles et émouvantes possible (d'ailleurs, les visages " de Takahata " sont beaucoup plus expressifs que ceux " de Miyazaki ". Mais vous avez le droit de ne pas être d'accord). La musique de Michio Mamiya est sublime, intense, triste souvent, et arrive à point nomé pour faire tomber la larme hésitante que vous avez à l'oeil. Takahata mène de main de maître sa production, enchaînant scènes insoutenables et scènes plus légères où les enfant s'amusent. Vous resterez bouche-béé devant l'animation et les expressions de la filette. Le doublage est sans doute un des plus incroyable qu'il ait été donné d'entendre : Tsutomu Tatsumi joue Seita à la perfection, et je ne sais pas savoir si les rires de Setsuko son pré-enregistrés à partie de rires véritables d'une filette, ou si la doubleuse, Ayano Shiraishi agée de seulement six ans en 1988, les exécute sur commande. Quoi qu'il en soit, il faut l'entendre s'esclaffer ou appeler pitoyabelement son " niichan... " (grand frère). Certaines scènes sont construites d'une manière époustouflante. comme par exemples celle où Seita échange le kimono de sa mère contre du riz : flash-back, pétales de fleurs qui volent et qui se transforment, l'image suivante, en grain de riz qui coulent d'un récipient. Les séquences des lucioles sont incroyables également : l'effet de lumière est tout bonnement splendide. On pourrait continuer comme cela pendant longtemps car ce film est un chef-d'oeuvres de couleur, d'images, de son et de musique ...
Quelques remarques s'imposent toutefois : si Takahata fait une adaptation très fidèle de la nouvelle, il y insère aussi une innovation de taille : les fantômes. Le fantôme de Seita s'adresse directement à nous, et nous fixe du regard à la fin du film. C'est Seita qui raconte son histoire de garçon vivant lors de la seconde guerre mondiale. Du coups, le point de vue que l'on peut avoir sur le film peut changer par rapport à celui quel'on a à la lecture de la nouvelle : Dans celle-ci, Seita appraît assez anonyme, un gamin et sa soeur en proie aux affres de la faim et de la misère après la guerre. Dans le film, le lien affectif est beaucoup plus fort, et la construction du dessin animé, les apparitions répétées des fantômes, toujours aux moments les plus dramatiques, nous rendent les personnages de Seita et de Setsuko éminemment sympathiques. Retour a la table des matières Quelques questions qui derangent ...Et justement, que se passerait-il si Seita n'était pas si sympathique que ca ? Nous allons pousser la réflexion un peu plus loin. Voyez vous-même: vous venez de regarder le tombeau des lucioles, vous y avez passé votre plus belle collection de mouchoirs en dentelle de Bruge brodés à la main avec amour par votre tante flamande (non, ce n'est pas du vécu), vous êtes abasourdis, le fil est terminé mais vous ne bouger pas de votre fauteil, trop prostré que vous êtes. Normal, c'est l'effet voulu. Maintenant, après le premier choc, place à un peu de distance. Considérons les sentiments qui nous anime après le film : révolte, sentiment d'injustice, frustration, impuissance. Pourquoi ?
Takahata a su mettre en oeuvres quelques procédés subtils : la présentation de l'histoire à travers les yeux de Seita pousse à l'identification; les scènes se déroulant chez la tante sont teintées de malaise et de non-dits : celui-ci doit être reconnaissant à la veuve de lui avoir fourni un toit, mais il se sent floué et exploité. D'autre parts, c'est un jeune homme de quatorze ans, qui a sa fierté, et qui est épris de liberté. Qui d'entre-vous n'a jamais désiré s'installer dans une cabane ? C'est ce que Seita fait dans le film : il quitte sa "famille" (la tante et sa fille), et la liberté totale lui tend les bras. Mais à l'inverse de Robinson Crusoë, il ne peut pas survivre, à cause de la guerre. Et dans son désir fou, il entraîne sa soeur, trop contente elle aussi de jouer "au papa et à la maman" pour de vrai avec son grand frère. Mais alors que se passe-t-il? Le rêve tourne au cauchemar pour Seita, et il se rend compte de la situation. Un médecin lui demande de la nourriture à Setsuko, et le jeune homme s'indigne "Mais où je vais trouevr de la nourriture ?". Lorsqu'il est battu par un paysan en colère, ses dernières barrières psychiques sautent, et c'est sa soeur, qui du coup est beaucoup plus forte que lui, qui joue son rôle de "maman" en le consolant. Lorsqu'il s'en rend compte, c'est le coups de grâce et il prend sa soeur dans ses bras.
La situation est beaucoups plus insidieuse que cela si on se rappelle que Setsuko est malade : elle a la diarrhée, elle soufre de malnutrition, sa peau la démange, et c'est elle qui s'inquiète de chercher un docteur pour Seita. Setsuko ne se plaint jamais, et tout ce qu'elle veut c'est rester avec son grand frère : "ne me laisse pas!" lance-t-elle dans ses bras alors qu'il vient de lui demander ce qu'elle aimerait bien manger. Le sentiment d'injustice est encore plus prononcé au cours de la dernière séquence du film, alors qe nous voyons plusieurs jeunes filles qui retrouvent leur maison et que Home Sweet Home ets joué sur un phonographe (douce ironie)? Sur cette musique, nous revoyons les instants heureux de la vie de Setsuko (l'insoutenable image de Setsuko au garde-à-vous devant le miroir avec une gamelle en guise de casque), et nous ne savons plus rien : sourire ou pleurer ? Cette jeune enfant insouciante, qui a connu et compris la mort grâce aux lucioles, a-t-elle été sacrifiée sur l'autel de la liberté ?
Nous sommes en droit de nous poser des questions encore plus graves : y a-t-il un responsable à ces deux morts inutiles ? la guerre est-elle la seules à blâmer ? Qee veut dire ce dernier regards de Seita vers le spectateur ? Le tombeau des lucioles est-il un film qui valorise l'esprit de liberté et de rébellion ? Ou alors, est-ce un film conformiste, qui renforce les valeurs familiales du Japon traditionnel ? Y at-il finalement un jugement à porter sur les perosonnages, ou est-ce seulement un témoignage bouleversant d'une époque horrible de notre histore ? Personne ne peut répondre à ces question à votre place, et le grand intérêt de ce film, outre ceux dont nous avons déjà parlé, est de nous faire réfléchir profondément à ces problèmes liès à la guerre.
Ce film, vous l'aurez compris, ne s'adresse pas qu'aux enfants. Et en ces temps troublés où les guerres éclatent dans la plus grande indifférence, il existe encore des films essentiels tel que celui-ci pour nous obliger à réfléchir. Retour a la table des matières
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